La journaliste

Créé par le 11 oct 2015 | Dans : Non classé

Octobre 2015

Blog,mon exutoire, je t’ai laissé en sommeil plus de quatre années. Non pas que tu ne m’étais plus nécessaire, mais parce que je faisais un blocage dans mon récit, au moment où ma vie professionnelle a basculé. Trop de souffrances, de souvenirs douloureux. Peut-être aussi , inconsciemment, parce que légalement il m’est interdit de me confier, cela serait préjudiciable pour mon ancienne entreprise. Toi tu es virtuel, notre relation est autorisée. Tu ne seras sans doute jamais lu, ou seulement par des personnes non concernées. Il n’y aura pas de vagues. Hélas, j’aimerais tant hurler, même six ans après les faits. Des cauchemars troublent encore mes nuits.     Il y a deux ans, j’ai rencontré mon ancienne patronne dans un super marché. Elle a, m’a-t-on répété, été surprise de ma réaction. L’apparition soudaine du diable ne m’aurait pas plus effrayée. Peut-être parce qu’ils n’ont fait longtemps qu’un.         Si je reviens vers toi aujourd’hui, mon blog, c’est parce qu’il s’est passé quelque chose qui m’a bouleversée. Je suis allée à un salon du livre dans le but de rencontrer une journaliste qui a écrit un livre sur la vie des ouvriers en usine. Son livre ne m’avait pas spécialement touchée, je ne m’identifiais pas aux personnes dont elle racontait le quotidien. La pénibilité du travail est surtout physique dans l’usine, mais il existe une solidarité sur les chaînes et les travailleurs font bloc, surement grâce à la force du syndicalisme. L’employé de bureau, lui peut souffrir moralement, subir une situation, être sous le joug de chefs omnipotents, il est seul dans l’arène. Ses collègues ne bronchent pas, ils craignent pour leur poste. Mais quelque soit le lieu d’activité, les travailleurs peuvent connaître l’angoisse, la crainte, l’oppression, les brimades, les humiliations.             Le livre de cette femme m’a été utile parce qu’il m’a fait réaliser que l’on peut vivre dans une entreprise en ignorant son fonctionnement. Elle est comme un corps humain, avec sa tête, ses membres, ses organes, ses défauts et ses maladies aussi. La communication se passe plus ou moins bien entre eux. Souvent les différents facteurs s’ignorent, n’imaginent même pas le rôle, l’état de ceux qu’ils frôlent quotidiennement. Dommage, une fluidité, une unité ne peut être que positive pour une entreprise comme pour le corps.     Dans la file d’attente, parmi les personnes qui gravitaient autour de l’écrivain, il y avait surtout des ouvrières. Elles manifestaient leur colère. Des passages du livre les avaient blessées. La journaliste se défendait sereinement. Il est vrai que l’on ne peut pas raconter une expérience en tronquant la réalité, en masquant les travers et en ne servant que de la guimauve.                                                                         J’ai demandé à la journaliste une dédicace à mon nom, à ceux de mes anciens collègues, à la mémoire de l’un deux et fait rajouter ces quelques mots: il était autrefois un restaurant….C’était très dur pour moi. La plaie était ré ouverte et je devais respecter l’omerta. L’ex infirmière de l’entreprise attendait son tour. Elle s’est approchée, m’a frotté le dos pour me consoler et a expliqué mes larmes en disant  » elle se rappelle son collègue décédé « . Elle a gommé la vrai raison. Elle sait tout de ce que nous avons enduré, peut être qu’elle aussi est tenue au secret.                                                      Voila mon blog , désolée de t’avoir plombé. Je t’ai habitué à des propos plus enjoués.

Les années de pain blanc

Créé par le 17 juin 2011 | Dans : Société santé

Ma période d’essai achevée, j’ai quitté mon petit meublé pour m’installer dans un confortable T2 récent. Nous étions plusieurs salariés de l’entreprise à habiter dans ce complexe immobilier. Nous avons vite crée des liens extra-professionnels. Mes nouveaux amis m’ont aidée à m’insérer dans cette société où l’on disait que y travailler deux ans revenait à travailler 20 ans ailleurs. Au fil des semaines, les employés sont venus de plus en plus nombreux manger au restaurant. Il fallait faire deux services ordinaires en plus des invités. Ils faisaient la queue dans l’escalier d’accès. J’ai demandé à bénéficier de l’aide d’une serveuse à mi-temps. Une ouvrière d’usine m’a alors prêté main-forte en remplacement de la secrétaire. A Noël, nous faisions un repas gratuit pour les usagers. La première année, j’avais réquisitionné ma plus jeune soeur. Nous nous étions levées à 6h00 pour préparer les plateaux de fruits de mer (tourteaux, langoustines, etc), la gigue de chevreuil sauce grand veneur et sa garniture (barquettes d’airelles , fagots de haricots, marrons, frites). La pâtisserie était livrée par le boulanger attitré  de l’entreprise. Nous avons régalé les 45 convives (super heureux), fait la plonge à la main, nettoyé les locaux. En remerciement, la fille du patron m’a dit que je pouvais offrir un morceau de gâteau à ma soeur. Nous avons quitté les lieux vers 20h30, dégoûtées et fourbues. pour couronner le tout, ma courroie de distribution a laché sur la voie express. C’en était fini du « Bon réveillon ». Le Noël suivant, j’avais 73 réservations. Le PDG à lui même ouvert les huîtres avec son état-major. Nous avons bu le champagne dans des gobelets en plastique. Bonne humeur et bonne franquette. La fin d’une époque.

Bien sur, il y avait souvent des coups de collier à donner, mais la relation était correcte et courtoise avec ma supérieure, la fille du PDG, et j’étais motivée. Je travaillais dans des conditions tout à fait normales. Hélas, après deux ans de collaboration, cette personne à quitté l’entreprise pour fonder une famille dans une autre région.

Une responsable de la communication a alors été nommée pour gérer le restaurant. Ma serveuse est passée à plein temps. Nous devions mémoriser et appliquer des fiches de travail, rester distantes avec les convives. Elle voulait faire de la « Cantine » une cafétéria modèle. Ce Noël là, j’étais presque de la fête. Il y avait au menu du ragoût de homard préparé par son compagnon, traiteur en l’occurrence. Son ambition  était grande et petit à petit elle grignotait la place du bras droit du patron. C’était se mesurer a plus fort qu’elle, carrément à l’éminence grise de la boîte. Mais les rumeurs de bas-étages qui ont circulé sur cet homme ne sont pas parvenues à le déstabiliser. Au bout d’une année, elle a été licenciée pour une faute de frappe : Elle avait parait-il tapé un w au lieu d’un v. En ce temps là, les licenciements allaient bon train : un ouvrier meneur d’hommes qui donnait du fil à retordre s’est, dit-on, vu sanctionner pour s’être garé  sur une place réservée (il n’avait pas de permis) .

Par la suite le restaurant est entré dans une période de transition. Mon chef suprême était le bras droit du patron. Il a favorisé la zizanie entre la serveuse et moi . Finalement celle-ci a été licenciée pour insubordination, et remplacée par une autre ouvrière de l’usine. Baptisons la » Reine » parce que bientôt elle va se mesurer à une autre abeille dans la ruche. Un combat , le mien aussi, qui va durer 16 longues années.

Le SIAL

Créé par le 17 juin 2011 | Dans : Société santé

Le Salon International de l’Alimentation, le rendez-vous mondial des acteurs de l’agro alimentaire…..Immense salon à Villepinte (Paris Nord).Il a lieu tous les deux ans. Les stands rivalisent en grandeur, en beauté, saveurs, exotisme, nouveautés ……une vitrine fantastique pour les industriels, un terrain de chasse fabuleux pour les commerciaux, un sacré coup de collier mais une bouffée d’oxygène pour les monteurs de stand, du stress pour les hôtesses . Des courbettes, beaucoup de courbettes pendant cinq jours. En costume, en tailleur ou en uniforme, on subit une fouille minutieuse à l’entrée, on se perd, on se croise dans les allées des cinq halls , avant de pousser un ouf! de soulagement en découvrant le stand de l’entreprise …. »E.T maison ». Le notre avait ses bureaux au rez -de -chaussée, l’accueil et le bar …..champagne à volonté. L’étage était réservé à l’espace restauration : salle et cuisine . En 1988, le stand était étroit et peu fonctionnel. C’était l’époque de la vaisselle à la main et à l’eau froide, des fuites d’eaux et des coupures d’électricité. Une chambre d’hôtel avait été réservée au Mercure , rue de la Gaité à Paris pour  la « secrétaire-serveuse » et moi .Nous  partagions le même lit….500 francs la nuit. Les cadres logeaient au Méridien à un tarif nettement plus élevé. Deux ans plus tard, nous avions un superbe décor, bureaux fonctionnels cuisine équipée, organisation parfaitement huilée. Chacun sa chambre dans un  Ibis à Bagnolet. Les années suivantes nous nous sommes rapprochés du salon, nous logions dans le 1ère classe de Villepinte. Impossible de fermer l’oeil dans ce type d’hôtel. La tradition voulait que le troisième soir la société organise une énorme réception pour ses invités, ses gros clients (émirs) et les cadres fraîchement débarqués de l’avion. Une année elle avait loué une péniche sur la Seine, une autre fois, elle avait réservé au Pré Catelan. C’était l’argent roi. Nous les « laissez pour compte » nous vidions le frigo de la chambre d’hôtel, Ferrero et coka au menu Nostalgie du pays noyée dans les verres de saké. Le bouquet final du SIAL, c’était l’ouverture des portes au tout Paris le dernier jour. Les pauvres, les oeuvres caritatives, es petits malins, les rapaces (ma patronne la première) s’engouffraient dans les halls avec des caddies et des grands cabats et se jetaient sur les denrées restées exposées. C’était un pillage pour certains, du troc pour d’autres. Pendant ce temps on démontait les stands, les yeux partout pour éviter les vols . Je me rappelle de la disparition ni vue , ni connue du magnifique canapé Chesterfield du stand Ducros. La dernière année, le service Recherche et Développement de l’entreprise à assuré la restauration, pour mon plus grand soulagement.

trois mois à l’essai

Créé par le 09 juin 2011 | Dans : Société santé

Bigre! J’ai vraiment revu ma copie pendant cette longue période d’essai. J’avais dégoté un superbe meublé . Au cas ou je ne donnerais pas satisfaction, ma valise serait faite en deux temps ,trois mouvements et je prendrais mes cliques et mes claques. Mon supérieur hiérarchique direct était la fille du PDG .Une jeune femme droite, simple,carrée , exigente, mais sans illusions. Elle me faisait confiance, me donnait carte blanche pour les menus et les achats . Elle m’avait autorisée à revoir l’agencement de la salle commune, trop monacale à mon goût. Je travaillais douze à quatorze heures par jour. Le matériel de cuisine était très limité :4 feux gaz,une friteuse,un four,une rotissoire,un chauffe plat,une table de travail ,un frigo familial et un congélateur prété par une maison de surgelés. Seule,je faisais les menus ,passais les commandes,recevais les représentants,confectionnais les repas pour les employés et les repas pour les invités de marque, je dressais les tables Une secrétaire assurait le service de 12h00 à 14h00. Il me restait encore  à débarrasser,faire la vaisselle à la main dans des grands bacs à plonge (super pour le dos),nettoyer la salle commune, les trois salles invités,les sanitaires et les deux entrées du restaurant. Bien sur je devais aussi  tenir la gestion, comptabiliser les tickets reçus, faire des prix de revient journaliers et compulser des tas de revues pour découvrir des nouvelles recettes. J’ai été très flattée lorsque ma supérieur m’a annoncé que je travaillerai occasionnellement en collaboration avec un cuisinier qui avait exercé 25 ans à L’Elisée, sous quatre présidents de la répubique. Lui et moi nous entendions très bien. Il me racontait ses débuts, dressé à coups de pied au cul et soupirait lorsq’on le réclamait en salle pour le présenter à des émirs ou autres hotes prestigieux . Son pedigree valait nombre de signatures de contrats . Ensemble nous avons fait mon premier SIAL.

Le pourquoi du comment

Créé par le 08 juin 2011 | Dans : Société santé

 J’ai démarré dans le monde du travail comme monitrice-éducatrice d’enfants dans le Nord. Ensuite, j’ai été tour à tour intérimaire employée de bureau dans deux compagnies d’assurances à Lille et à Paris, colleuse d’affichettes, ouvrière agricole en Suisse, chômeuse et enfin crève la faim. J’ai passé un CAP de cuisine pour ne plus avoir le ventre creux. Avec mes nouvelles fonctions, fini la rigolade . Jusque là, j’avais toujours travaillé dans des ambiances sympas, cuisinant avec plaisir des plats simples pour des convives avec lesquels j’entretenais une relation amicale, chaleureuse. J’avais été cuisinière de collectivité (45 couverts) dans une entreprise agricole (le vendredi on se quittait en trinquant avec un verre de Ricard, repas de fin d’année offert à tout le personnel, partie de  galoche pendant les poses…. patron, employés, ouvriers …..une foutue bonne équipe), puis j’ai intégré  le restaurant d’une école communale (300 couverts) : ambiance plus sérieuse. J’aimais beaucoup le contact avec les enfants . Avec mon responsable, nous leurs donnions les bases de l’équilibre alimentaire, nous leurs apprenions des nouvelles saveurs. Le mercredi, je retrouvais les gamins au centre de loisirs où j’étais animatrice .Dur,dur d’arrondir les fins de mois quand on ne perçois qu’un salaire de 80 heures mensuelles. J’ai vendu mes meubles un à un pour obtenir trois francs six sous avant  de me résigner à partir faire les saisons en Savoie. Classes de neige l’hiver,  colos l’été, et classes de mer entre deux. La belle vie ! Qu’il est doux de dévaler les pistes le walkman vissé sur la tête, Sade plein les oreilles…..faire de la haute montagne , de la voile, faire la fête avec les clients, toujours allier travail et plaisir… jusqu’à J.J

l’embauche

Créé par le 06 juin 2011 | Dans : Société santé

Savez-vous pourquoi j’ai gagné le pompon lors du recrutement pour ce fameux poste de cuisinier tant convoité ? Et bien, c’est parce que sur les six candidats appelés à faire un essai, j’ai été la plus conne, mais surtout la plus respectueuse des règles d’hygiène alimentaire : j’ai sorti la poubelle et nettoyé mon poste de travail. Le chalenge consistait à prévoir deux menus (l’un ordinaire et l’autre pour des invités de marque), en respectant deux budgets précis. Il fallait introduire le produit phare de l’entreprise dans l’un des menus, faire les courses dans une grande surface distante de six km et préparer les repas pour un jury de deux groupes de six personnes. Pas futfut , j’ai acheté la volaille d’un concurrent au supermarché (lol). Je n’avais jamais approché une chaine d’usine et n’avais pas vraiment fait le lien entre l’abattoir et la réalisation de mon ”poulet à l’orange “. 

J’aurai mieux fait de me casser une jambe

Créé par le 06 juin 2011 | Dans : Société santé

Cette année là, j’avais 34 ans. Je m’étais fait larguée par mon ami J.J.parce que j’étais  » une femme avec qui on ne peut rien construire « . J’étais instable dans tous les domaines……amours, boulots,adresses….. sac à dos, stop et le nez au vent. Cette vie de patachon, d’aventure, me convenait malgré les déboires qu’elle impliquait. Une dose d’insouciance, une dose d’inconscience. J.J.m’a dit: »tu t’éclates à faire les saisons, tu passes des moments intenses mais de tout cela, il ne restera rien, que des souvenirs. Tu te crois inoubliable, mais tu resteras toujours sur le bord de la route. Les autres passent leur chemin. »

J’ai prix le temps de la réflexion, je lui ai tricoté une écharpe de 3000 mailles pour lui dire mon amour. Une saison de trop. Je suis rentrée en Bretagne avec l’intention de chercher un emploi stable et de récupérer mon J.J. Mais il m’avait quittée pour un p’tit bout de femme qui me ressemblait beaucoup, une infirmière avec laqu’elle il allait se marier. Bof!!! blessée, mais libre comme l’air j’allais m’investir dans mon nouveau job: cuisinière dans le restaurant d’entreprise d’un gros industriel de la région ….une des plus grosses fortunes de France . Je croyais avoir trouvé la poule aux oeufs d’or, mais j’aurais mieux fait de me casser une jambe le jour où j’ai mis les pieds dans cette entreprise.

Pour la derniére fois, je franchi les grilles de l’usine.

Créé par le 03 juin 2011 | Dans : Société santé

Cela se passait fin janvier 2009 dans le bureau de l’adjoint à la DRH  de l’entreprise dans laquelle j’exerçais les fonctions de cuisinière depuis 20 ans. Enfin je voyais le bout du tunnel , la fin de mon calvaire. Une crève pas possible, 40° de fièvre,12600 globules blancs, lessivée, mais que m’importait, bientôt j’allais quitter ces murs où j’avais tant souffert. Après des mois d’obstination, brisée, j’allais obtenir mon licenciement en signant un accord à l’amiable. J’étais aux anges. Mon interlocuteur m’a annoncé que la DRH voulait me donner un coup de pouce pour réaliser mon projet professionnel. L’entreprise m’offrait 2000€. Amère, j’ai ironisé en répondant que je pourrai désormais acheter une nouvelle tondeuse. Je suis tombée de mon petit nuage quand il m’a précisé que cette transaction m’interdisait de critiquer l’entreprise, de la traîner en justice , de tenter quoi que ce soit qui puisse nuire à son image de marque. Dérisoire, le prix de mon silence. J’ai répondu qu’ils pouvaient garder leur fric, je n’en avais pas besoin .Si j’avais été vénale, c’est une voiture que j’aurais réclamé et tant qu’à faire, autant rouler en Porche plutôt qu’en clio. J’ai dis que je préférais garder ma liberté d’action, que je voulais pouvoir témoigner si on m’appelait à la barre. Le DRH m’a rétorqué que même en signant la convention,non seulement je pourrais témoigner,mais je devrais même le faire. Pourrais-je créer un blog pour raconter ce qui s’est passé ? Oui….mais vous devrez changer les noms des personnes et ne jamais mentionner l’entreprise. OK, je signe, mais inutile de mettre le feu à ma maison, j’ai constitué depuis quatre ans un dossier, en quatre exemplaires, mis en lieux surs, et même hors du département. A bon entendeur, SALUT.

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